"Ah c’était le bon vieux temps!" me dit le capitaine. Assis en position presque fœtale sur mon siège surélevé pour l’occasion, les pieds sur le tableau de bord, par une nuit limpide je regarde passer Nice qui scintille sous le nez de l’avion. On rentre à Berlin. Les passagers sont à moitié endormis, on a monté un peu le chauffage pour les anésthesier. La chef de cabine nous a laissé avec un café, prétextant qu’elle en avait assez entendu, et un Stewart a prit la relève sur le jump-seat. On écoute les récits des différentes conquêtes de notre Capitaine, au fil des villes que l’on survole. Derrière nous Barcelone et droit devant Milan.
Quelques heures plus tôt j’étais en charge de l’arrivée à Agadir. Je lui avais précisé que je n’y étais jamais allé, et il m’avait répondu qu’il n’y avait rien de spécial, juste qu’ils ont tendance à nous garder "un peu haut".
Effectivement on est donc à 9000 pieds, quand le contrôleur nous demande de descendre à 4000 et d’intercepter l’ILS, qui est à une dizaine de nautiques devant. En gros on est beaucoup trop haut, et on doit ralentir. Ici un problème se pose donc car avec le virage pour intercépter le LOC qui approche, je ne préfère pas accélérer plus, mais du coup on ne descendra pas vraiment non plus. Je sors les aérofreins, et chose un peu gênante sur l’A320 ils ne se déploient que partiellement, à moins de déconnecter le pilote automatique mais je ne préfère pas, j’ai besoin de lui car je dois réfléchir à comment décélérer et retourner sur le plan. Il y a plusieurs façon de se sortir de là, il faut juste choisir la meilleure.
Le capitaine est un de ceux qui te laisse faire et fait juste ce que tu lui demande, c’est ce que je préfère. Pour l’instant on est un peu mal, aérofreins sortis on intercepte le LOC à 230 nœuds, et je vois le losange du Glide indiquer que nous sommes bien au-dessus. Pour résumer si on force la descente on accélère alors que l’on veut ralentir, et si l’on ralentit, on descend moins vite, alors qu’on est déjà trop haut.
Tant pis j’opte pour l’option ralentir d’abord pour commencer à configurer, volets 1, puis les roues pour la trainée, la vitesse réduit et je demande volets 2 puis sélectionne une vitesse de 180 nœuds, le capitaine regarde la vue. Avec cette configuration l’avion a tellement de trainée qu’il "tombe" du ciel, et en quelques secondes on est établis sur l’ILS, viennent ensuite les derniers crans de volets, on est stable à 1000 pieds.
Ce fut un peu sport et la tour nous autorise à l’atterrissage, le vent est en plein travers a 14 nœuds, rafales à 22. Après tout ce que je viens de faire ça me déchire le cœur mais je dis au capitaine que je préfère lui rendre la main, mes limites étant 15 nœuds, rafales incluses. "Ah bon t’es sur ?" La tentation est là mais je ne referai pas la même erreur, "you have control", et finalement ce n’était pas une mauvaise idée car ça a valsé un peu en très courte finale.
Nous voilà maintenant au-dessus des Alpes, approchant Munich puis Leipzig et son festival "Goth", dernière étape et dernière comptine croustillante du capitaine avant un repos bien mérité.